Environnement & Conservation

En baie de Somme, le tourisme menace-t-il la tranquillité des phoques ?

Publié le 27 août 2026

La baie de Somme attire chaque année de nombreux visiteurs venus observer les phoques dans leur milieu naturel. Cependant, cette popularité n’est pas sans conséquence. En voulant s’approcher trop près des animaux, certains touristes peuvent les effrayer et perturber des moments pourtant essentiels à

Colonie de phoques communs en baie de Somme. Photographie : LucasD, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

Une population qui a progressivement retrouvé le littoral

Alors qu’ils étaient présents par centaines en France au XIXe siècle, les phoques ont presque disparu du littoral français en raison de la chasse et des dérangements causés par les activités humaines.

Protégés depuis les années 1960, ils ont progressivement recolonisé les côtes françaises à partir d’autres colonies européennes. En 2025, environ 1 800 phoques étaient présents dans le Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d’Opale.

Deux espèces y sont principalement observées : le phoque veau-marin et le phoque gris. La baie de Somme accueille aujourd’hui la plus importante colonie de phoques veaux-marins de France hexagonale, faisant de ce territoire un lieu privilégié pour les découvrir.

Un repos indispensable à leur survie

À marée haute, les phoques se déplacent dans l’eau afin de rechercher leur nourriture. À marée basse, ils rejoignent les bancs de sable pour se reposer pendant plusieurs heures.

Ces périodes passées hors de l’eau sont indispensables. Elles permettent aux phoques de dormir, de renouveler leur pelage, mais aussi de mettre bas et d’allaiter leurs petits. Les phoques veaux-marins peuvent notamment allaiter leurs jeunes pendant environ trois semaines sur ces espaces appelés « reposoirs ».

Ainsi, un phoque allongé sur la plage n’est pas nécessairement malade ou abandonné. Il est souvent simplement en train de récupérer après avoir chassé en mer.

Lorsqu’un visiteur s’approche trop près, l’animal peut cependant prendre peur et retourner précipitamment dans l’eau. Une telle fuite lui fait perdre du temps de repos et consommer inutilement de l’énergie. Pour les individus les plus fragiles, notamment les nouveau-nés, les conséquences peuvent être beaucoup plus graves.

Une attraction touristique devenue envahissante ?

Le retour des phoques constitue une bonne nouvelle pour la biodiversité, mais il attire également un nombre croissant de touristes, de photographes et de pratiquants d’activités nautiques.

Sur les plages ou en mer, certains visiteurs cherchent à s’approcher afin de prendre une photographie. Les kayaks, les bateaux, les chiens ou encore les drones peuvent également provoquer des changements de comportement chez les animaux.

Un phoque qui relève la tête et regarde dans la direction d’un visiteur est déjà en état de vigilance. S’il commence à se déplacer vers l’eau, cela signifie généralement qu’il se prépare à fuir.

La recherche de la meilleure photographie peut donc rapidement devenir une source de stress pour l’animal.

Depuis 2023, le Parc naturel marin et l’association Picardie Nature étudient plus précisément les réactions des phoques face aux activités humaines. Ces observations doivent permettre de mieux comprendre les dérangements et d’adapter les mesures de protection.

Comment observer les phoques sans les déranger ?

Le Parc naturel marin recommande de conserver une distance d’au moins 300 mètres avec les phoques. L’utilisation de jumelles, d’une longue-vue ou d’un appareil photographique équipé d’un zoom permet de les observer sans devoir s’approcher.

Il est également recommandé de ne pas utiliser de drone, de ne pas laisser son chien approcher et de rester silencieux. Depuis une embarcation, il faut maintenir une trajectoire régulière, ralentir progressivement et éviter de se placer entre les animaux et la mer.

Lorsqu’un jeune phoque semble seul, il ne faut pas tenter de le toucher ou de le remettre à l’eau. Sa mère peut simplement être partie chercher de la nourriture. La présence de personnes autour du jeune peut justement empêcher son retour.

En cas de doute concernant l’état d’un animal, il convient de contacter l’Observatoire Pelagis, qui coordonne le Réseau national échouages, plutôt que d’intervenir soi-même.

Protéger sans empêcher de découvrir

La présence des phoques en baie de Somme témoigne du retour d’une espèce qui avait presque disparu du littoral français. Elle représente également un véritable attrait touristique pour la région.

Toutefois, observer un animal sauvage implique de respecter son espace et son comportement. Le Parc naturel marin développe ainsi des chartes de bonnes pratiques avec les professionnels du tourisme et met progressivement en place des « îlots de tranquillité » sur certaines plages.

La protection des phoques ne signifie donc pas qu’il faut empêcher leur observation. Elle rappelle simplement que découvrir la nature ne doit jamais conduire à la déranger.

Frank FERDIN

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